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CHEVAL BLANC, CHEVAL NOIR

11 Mars 2018 , Rédigé par Noureddine NATOURI Publié dans #Qualité de Vie

Un homme possédait autrefois deux chevaux qu'il chérissait pareillement. Avec eux, il connaissait le doux parfum de la liberté. Il aimait, par-dessus tout, galoper sans entraves dans les verts pâturages. Longeant des rivières transparentes, escaladant de douces collines, traversant de sombres forêts, partout la joie l'accompagnait. Quelle ivresse de sentir le vent sur son visage ! Et d'entendre les sabots marteler le sol en cadence, marquant le rythme de sa course !

Un cheval était blanc et l'autre noir. L'homme ne ménageait pas sa peine pour leur prodiguer les soins les plus appropriés. Or, un matin, alors qu'il se rendait à l'écurie, il découvrit avec effroi, le cheval blanc couché sur le flanc. Ses naseaux étaient fumants et son poil, grisâtre. La pauvre bête se mourait, prise par une redoutable fièvre qui ne lui laissait aucun répit. 

Toute la nuit, le maître resta au chevet de son compagnon mais, dès les premières lueurs de l'aube, le malheureux rendit son dernier soupir. L'homme le pleura comme on pleure la disparition d'un ami fidèle. Son chagrin fut si épouvantable qu'il en perdit le sommeil et on pouvait le voir, chaque jour, errer dans la campagne, le visage défait et les bras ballants.

Régulièrement, il retournait dans l'écurie et de voir la place vide, lui vrillait le coeur. Cependant, il continuait de s'occuper du cheval noir, mais sans vraiment lui  accorder beaucoup d'attention. L'animal, lui, piaffait d'impatience dans son box. Il espérait connaître, à nouveau, la liesse des folles galopades à travers les prairies. Avec son museau, il bousculait son maître mais ce dernier, sans cesse, le repoussait.  

Par une belle journée, alors que le soleil était à son zénith, l'homme sentit qu'il pouvait s'autoriser une nouvelle équipée. Rien ne pouvant le retenir, il sella le cheval noir et, dans une parfaite unité, tous deux s'élancèrent à la conquête du monde. Quelle euphorie de sentir à nouveau le sang couler dans ses veines ! Le périple ne s'acheva qu'à la tombée de la nuit. Fourbu, mais heureux, le cavalier remercia sa monture. Le cheval se contenta de le regarder de son oeil noir et brillant. L'homme sentit que quelque chose d'inhabituel s'était produit, mais quoi exactement ?

Désormais, chaque matin, les deux compères arpentaient la campagne, mais le pas se faisait plus léger. Ce n'étaient plus des cavalcades jusqu'à l'épuisement, mais de douces balades où ils goûtaient pleinement des heures de ravissement. Le temps s'écoulait à l'infini.

Or, un soir, alors que l'homme ôtait la selle du dos de son compagnon, il remarqua un phénomène étrange : entre les deux yeux de l'animal quelques poils d'une blancheur immaculée avaient surgi, comme par enchantement ! Jusqu'à présent, sa robe était parfaitement unie, d'un noir profond et luisant. Stupéfait, il en resta bouche bée. 

Dès lors, chaque jour était porteur d'espoir. Plus le cheval et son maître communiaient dans la grâce de l'instant, plus leur cheminement se ralentissait et plus le pelage de l'animal s'éclaircissait.

Un doux matin de printemps, le miracle se produisit : le cheval, du front aux sabots, était devenu entièrement blanc, d'un blanc lumineux et pur !

Transporté par une joie indicible, l'homme, à genoux, remercia le Ciel de tant de bienfaits. Sorti de son errance et de son désespoir, il avait su, grâce à son cheval noir, transcender la dualité. Et, en lui, l'ombre était devenue Lumière.   

 

COMMENTAIRE 

Ce conte a été donné à un homme qui recherchait l'unité. D'une façon rigoureuse....

Le cheval est le symbole de la Connaissance et celle-ci n'est ni blanche, ni noire. Cependant, pensant réaliser plus facilement cette unité,  on va tourner son regard, uniquement, vers ce qui nous paraît plus lumineux. Or souvent cette lumière n'est qu'illusion ("ivresse ", la lumière devenue grisâtre). Elle doit donc mourir. Dès lors, on devient un errant, "le visage défait et les bras ballants ". Le coeur est touché car les croyances erronées ont laissé place à un grand vide. Comment le remplir à nouveau ?

Il faut donc apprendre à dompter notre ombre. Mais pour cela, il ne faut pas la refuser mais la regarder en face, la reconnaître ("remercier le cheval noir"). Par cette attitude juste, la transmutation de l'ombre en lumière pourra s'opérer (transformer le plomb en or).

Pour ce faire, il faut d'abord arrêter l'agitation, les courses folles et alléger son pas. Prendre son temps, contempler la beauté du monde. Il faut également "ôter la selle sur notre dos", se débarrasser de ce qui nous encombre. On pourra avoir désormais "la bouche bée ", pour recevoir enfin le souffle divin qui réalisera en nous l'unité. 

On ne se sépare pas de l'ombre, mais on a le pouvoir de la transcender. Et n'oublions jamais que tout ce qui est vivant est né de l'obscurité ( l'enfant dans le ventre de sa mère, la graine enfouie dans les profondeurs de la terre). 

 

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